Informations pratiques
- Rue du Cloître, 33
B-6706 Clairefontaine (Arlon) - Belgique
- 49.66805
- 5.87235
- 9
Conférence « Maintenant et toujours, d’Orval à Montmédy »
Conférence | « Ermesinde, une femme de réseaux »
Ce 19 janvier à 20h, Amanoclair (asbl qui gère le domaine de l'abbaye de Clairefontaine), en collaboration avec l'AMA (les Amis des Musées d'Arlon) propose une conférence donnée par le professeur Michel MARGUE ayant pour thème "Ermesinde, une femme de réseaux".
Le professeur Michel MARGUE a étudié les liens qui unissaient l’abbaye de Clairefontaine et l’histoire du Luxembourg. Au moyen âge les funérailles des princes ne constituaient pas uniquement un acte liturgique mais aussi un acte politique. Leur étude ainsi que celle de leurs sépultures et des lieux choisis pour leur dernier repos relève donc de la « théologie politique », à savoir de cette étroite imbrication entre piété, tradition, pratique gouvernementale et désir de représentation dynastique. Toute proportion gardée, l’abbaye cistercienne de Clairefontaine a joué pendant un siècle ce même rôle de lieu de mémoire pour les comtes de Luxembourg.
Et pourtant l’abbaye n’a plus guère attiré l’attention ni des historiens, ni des responsables du patrimoine culturel, ni du grand public qui retient pourtant en bonne mémoire la comtesse Ermesinde et le roi Jean l’Aveugle qui aurait dû y être enterré. Haut lieu de l’histoire nationale, sa situation à l’extérieur du territoire de l’actuel Grand-Duché explique probablement ce désintérêt. Quand on connaît l’attention hors du commun réservée aux restes de Jean l’Aveugle placés en évidence dans la crypte de la cathédrale de Luxembourg, on ne peut être que surpris de l’indifférence qui touche le tombeau d’Ermesinde.
Sa situation particulière à la frontière entre les deux comtés d’Arlon et de Luxembourg présente dans l’histoire des deux pays voisins du Luxembourg et de la Belgique un intérêt particulier. Jadis séparés, les deux comtés d’Arlon et de Luxembourg furent réunis par l’union de la comtesse Ermesinde avec le duc de Limbourg et marquis d’Arlon pour partager ensuite une histoire commune jusqu’à la naissance de l’État belge et le démembrement de 1839. L’étude de l’abbaye de Clairefontaine permet de dépasser le clivage moderne et d’attirer l’attention sur l’histoire commune des Province et Grand-Duché de Luxembourg. La récente évolution vers une Europe sans frontières plaide pour ce genre d’études supranationales.
Le souvenir d’Ermesinde a été l’objet d’un certain culte tant que durait l’emprise directe de la maison de Luxembourg pour subir une certaine désaffection pendant le régime bourguignon usurpateur. Histoire et légende s’engendrent et s’alimentent mutuellement. Dans la conscience collective et selon les époques, la comtesse apparaît, d’abord dans les textes médiévaux, les confirmations des franchises, « de pieuse mémoire », et c’est la piété filiale de ses descendants de la même tige familiale qui s’exprimait de la sorte.
L’histoire humaniste a fait d’elle une « antiquité » à peine plus réelle que les ancêtres mérovingiens légendaires. Le siècle classique, tournant au baroque avec les Habsbourg d’Autriche, la voit en monarque absolue, mais de la meilleure espèce, voulant sincèrement le bien de ses sujets, généreuse mère de ses peuples.
Si sa renommée survit aux « Lumières » et renaît après l’éclipse du Directoire héritier des tyrannicides révolutionnaires, c’est à ses chartes d’affranchissement qu’elle le doit. Nos bourgeois libéraux du XIXe confondaient volontiers libertés médiévales et libertés constitutionnelles de 1830 ou 1848. Dans la suite, Ermesinde revit dans le cœur de nos romantiques attardés et nourrit même la nostalgie d’un Grand Luxembourg, mettant du baume sur la blessure incisive de 1839.
Son culte moderne est dû véritablement aux efforts des pères jésuites d’Arlon et à la découverte, lors des travaux d’aménagement de leur maison de campagne de Clairefontaine en 1875, de la cachette avec les restes de la comtesse.
Comme notre siècle se réclame aussi de valeurs disparates et cherche des modèles en des sphères souvent inattendues, on ne s’étonne pas trop que la comtesse médiévale puisse être travestie en démocrate, en championne de l’Europe fédérale ou en féministe avant la lettre.
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